En Côte d’Ivoire et même ailleurs en Afrique, l’un des royaumes traditionnels qui a survécu à l’ère du temps, est incontestablement celui de l’Indénié à Abengourou, localité située à 210 km au nord-est d’Abidjan. Ce royaume dont la dénomination correcte est ‘’N’dénian’’, apparait en effet comme l’une des organisations traditionnelles où les valeurs culturelles ont été les plus préservées. Dans la ville d’Abengourou, précisément au cœur du quartier populaire ‘’ Agnikro ‘’ au centre-est, la cour royale rénovée de l’Indénié se dresse fièrement. Aiguisant à la fois crainte et curiosité au sein des nombreux touristes et autres visiteurs qui y viennent. Des bâtiments Amoakon Dihyé II et Boa Kouassi II, à la Cour des cérémonies en passant par le bureau du Roi, le Musée et le parlement royal, etc., ce palais ne manque pas d’intérêt et de susciter moult interrogations. En dépit de l’influence des structures étatiques modernes, Nanan Boa Kouassi III, le 17ème roi des ‘’Agni N’dénian’’ et actuel locataire dudit palais, jouit d’une déférence particulière. Au sein d’une population cosmopolite qui allie aisément tradition et modernisme, il exerce une autorité irréfutable.

Historique d’un royaume qui résiste au temps
De sources proches de la cour royale de l’Indénié, on note que les ‘’Agni N’dénian sont originaires d’Agnuangnuan, situé en Gold Coast, le Ghana actuel. Leur migration est consécutive au conflit entre les royaumes du Denkyra et de l’Ashanti. Les migrations des N’dénian remontent au milieu du 18èmesiècle (1740-1745). Pour échapper à la domination des Ashantis, les N’dénian conduits par le nommé Ahy Bahyé se sont fixés sur la rive gauche du fleuve Comoé à l’Est de la Côte d’Ivoire. La première installation de ce peuple correspond au territoire situé entre les actuelles sous-préfectures de Zaranou et Ebilassokro (45 km au sud-Est d’Abengourou). Leur chef Ahy Bahyé se sentant en sécurité dans la zone, s’écria : « N’dé mé nian ». Ce qui signifie « Je suis assis, je regarde », allusion faite à ses poursuivants dont il se demandait s’ils pouvaient arriver jusqu’à lui. La déformation de l’expression « N’dé mé nian » a donné le nom Indénié. La création même d’Abengourou remonte au milieu du 19ème siècle. Cette création dudit royaume est l’œuvre de Nanan Mian Kouadio. Un descendant du nommé Attahi Kpangni. Mian Kouadio résidait dans le village d’Adaou, devenu aujourd’hui un quartier situé à l’entrée de l’actuelle commune d’Abengourou en venant d’Abidjan. Malheureusement, dans ce village d’Adaou, des palabres interminables étaient constamment enregistrées. Compte tenu des liens du peuple de l’Indénié avec celui de l’Ashanti (Ghana), la ‘’ Cour suprême ‘’ traditionnelle desdits peuples se tenait à Kumasi au Ghana. Or quand une affaire arrivait à Kumasi, le perdant subissait la peine capitale (peine de mort). A la suite d’un incident qui aurait pu le conduire à la Cour de Kumasi, Mian Kouadio décida alors de quitter Adaou pour s’installer un peu plus loin près d’une rivière aux eaux limpides. C’est au bord de cette rivière qu’il surnomma ‘’ Benzerèbla ‘’ (traduisez : on n’a pas besoin de supplier une femme pour avoir de l’eau) qu’il fonda son campement qu’il nomma ‘’M’Pèkro’’ (je n’aime pas les palabres). Le campement de Mian Kouadio va s’agrandir rapidement avec l’arrivée de tous ceux qui voulaient vivre en paix, loin des conflits interminables. Vers 1894, ‘’M’Pèkro’’ (dont la déformation a donné ‘’Abengourou’’) était déjà un gros village. Mais toujours selon nos sources, le bourg doit son développement au transfert du siège du royaume de l’indénié depuis l’avènement du roi Amoakon Dihyé II, 12ème roi qui a régné de 1899 à 1910. Au surplus, l’érection de ladite localité en chef-lieu de cercle par l’administration coloniale, a contribué à son essor. Le premier bâtiment de la cour royale d’Abengourou a été construit vers 1883 par Amoakon Dihyé II. Le deuxième bâtiment a été réalisé vers 1911 par le Roi Boa Kouassi II. C’est sous le règne de l’actuel Roi Nanan Boa Kouassi III qui a été intronisé en 1997, que la cour royale d’Abengourou va connaitre une grande rénovation. Avant lui, 16 premiers rois se sont succédé. Il s’agit d’Ahi Bayé, Koa Tumassi, So Kablan, Niandaki, Etiembon Sono, Bémoa, Tiémélé Kotobulalé, Ebrokyé, Boa Kouassi I, Amoakon Dihyé I (1889 – 1892), Koassi Dihyé I (1892 – 1899), Boa Kouassi II (1910 – 1942), Koassi Bonzou I (1943 – 1950), Amoakon Dihyé III, Bonzou II (1950 – 1997). – A suivre –
Zéphirin NANGO




































